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Emmanuel Alix : sa vision et ses ambitions pour le GESTE

22 septembre 2026

EMMANUEL ALIX

Après plusieurs années d’implication au GESTE, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru par l’association ? Et quelle nouvelle impulsion souhaitez-vous lui donner pendant votre présidence ?

Le GESTE a beaucoup évolué ces dernières années, en renforçant sa capacité à impacter sur les grands enjeux du secteur, notamment juridiques et réglementaires. Ces sujets occupent une place aujourd’hui centrale dans le développement des activités des éditeurs. 

Le GESTE est également un espace privilégié d’échange, de partage d’expertise et de travail entre pairs. Ses webinaires, groupes de travail et conférences apportent une vraie plus-value à l’ensemble du secteur. 

Pour la suite, nous devons continuer à porter les grands enjeux juridiques et réglementaires. Ils sont déterminants pour défendre les intérêts du secteur en général et de nos médias en particulier. 

Je souhaite également renforcer encore la dimension business et technique du GESTE, avec le développement d’observatoires, d’études économiques, de groupes de travail et de partage d’expériences entre éditeurs.

C’est aussi là que le collectif prend tout son sens : permettre à chacun de bénéficier de l’expérience des autres, de capitaliser sur les solutions qui fonctionnent et de gagner en efficacité et en agilité.

La feuille de route 2026-2027 fait encore de l’IA un axe prioritaire, avec des enjeux aussi importants que l’utilisation des contenus, le scraping, la rémunération, mais aussi l’évolution du cadre réglementaire. Quelle doit être, selon vous, la stratégie collective des éditeurs ?

Individuellement, les éditeurs disposent de peu de leviers face aux grandes plateformes et aux acteurs de l’IA mais collectivement, nous pouvons peser sur les règles du jeu.

Cela suppose de mieux comprendre et mesurer les usages : quels acteurs accèdent aux contenus, à quelles fins, avec quels mécanismes d’opt-out et quelle efficacité réelle de ces mécanismes, etc. C’est notamment tout l’enjeu du travail engagé par le GESTE autour de l’observatoire des bots. 

Les contenus professionnels et journalistiques contribuent à la qualité, à la fiabilité et à l’actualité des services d’IA. Nous devons être en mesure de construire des modèles dans lesquels cette contribution peut être identifiée, mesurée et surtout rémunérée, au juste prix.

Avec les moteurs de réponses, la question devient aussi celle de l’accès à l’audience. Si l’utilisateur obtient l’information sans rejoindre le site qui l’a produite, c’est tout le modèle économique de l’éditeur qui peut être affecté. Le GESTE doit donc travailler simultanément sur la rémunération, le trafic, l’attribution et la transparence.

Ces dernières années, une part importante du travail du GESTE a consisté à défendre un cadre réglementaire qui permette de réduire les déséquilibres avec les grandes plateformes et d’assurer un meilleur partage de la valeur. Nous avons soutenu des textes comme la loi Darcos, mais aussi les droits voisins, et suivi de près la mise en œuvre de textes comme le DMA, qui répondent tous, à des degrés différents, à cette même problématique.

Avec l’IA, il faut encore aller plus loin : s’assurer que les textes existants puissent être réellement activés face à ces nouveaux usages, tout en identifiant les domaines dans lesquels le cadre juridique doit être adapté ou complété. Les évolutions technologiques peuvent bouleverser très rapidement les équilibres économiques, parfois fragiles, des médias. Il est donc essentiel de garantir un cadre suffisamment protecteur pour permettre aux éditeurs de continuer à financer une information pluraliste, indépendante et de qualité. Au-delà des enjeux économiques du secteur, c’est aussi un enjeu démocratique majeur.

Les éditeurs sont eux-mêmes acteurs de l’innovation et s’emparent des opportunités offertes par l’IA. Notre stratégie collective doit poursuivre une double ambition : défendre la valeur des contenus et les droits des éditeurs, mais aussi accompagner nos membres dans l’appropriation de ces technologies pour leur permettre d’en exploiter pleinement le potentiel.

Au-delà de l’IA, quels sont, selon vous, les autres grands enjeux sur lesquels le GESTE devra se mobiliser cette année ?

Au-delà de l’IA, il y a évidemment tous les sujets qui touchent plus largement à la régulation du numérique, le RGPD notamment. Ce sont des textes qui ont des conséquences très concrètes dans le quotidien des éditeurs. Nos équipes, que ce soient les CTO, les CDO, les équipes marketing ou juridiques, ont déjà énormément travaillé pour s’y conformer. Aujourd’hui, elles ont surtout besoin de règles claires, stables et d’une vraie sécurité juridique.

Nos métiers évoluent très vite et nous devons déjà relever de nombreux défis pour rester compétitifs et adapter nos modèles économiques. La réglementation doit donc nous protéger et instaurer un climat de confiance, sans imposer de contraintes disproportionnées qui freineraient notre capacité à innover et à nous développer.

Nous avons également un rôle à jouer dans la structuration de marchés en pleine évolution. Je pense notamment à l’audio digital, un sujet important pour le GESTE, avec des enjeux majeurs de mesure, de standards communs et de monétisation.